La réalité et le virtuel

Le réel est à différencier de la réalité. La réalité est l’environnement dans lequel nous évoluons. Elle est accessible par le sens et l’intelligence.

Tandis que le réel de la personne selon Lacan, c’est tout ce qui est inconscient, tout ce qui est pulsionnel. C’est ce qui est inconscient mais qui en même temps commande énormément nos comportements. Le réel est finalement la plupart du temps en opposition au conscient. Nous n’avons pas conscience de notre réel. Si nous avions l’occasion d’être devant notre inconscient nous serions probablement effarés.

Notre vie quotidienne est de plus en plus branchée sur des technologies capables de fabriquer une réalité virtuelle.

Les débats habituels autour de la virtualité s’intéressent bien souvent à la dépendance et à l’enfermement dans un monde parallèle avec la perte de contact avec la réalité.

Mais est-ce que la distinction entre la réalité et le virtuel n’est-elle pas illusoire ?

Chacun de nous vit dans son psychisme, avec sa propre vision, son expérience personnelle, ses mécanismes de défenses, ses opinions, de ce fait n’est-on pas déjà dans une fuite de la réalité en créant notre UNIQUE perception ? Autrement dit est-ce que nous ne sommes pas tout le temps dans notre virtuel à nous ?

Vous proposez le même film à 50 personnes, vous leur demandez ce qu’ils ont vu, vous aurez 50 interprétations et perceptions différentes. Il y aura autant d’interprétations que d’individus. Chacun de nous détient une perception différente en fonction de différents facteurs (son environnement, sa culture, son éducation, son vécu, ses mécanismes de défense, etc.)

Il n’y a pas de réalité, il y a que des réalités psychiques.

La question corollaire à cela c’est est-ce que l’usage de ce virtuel nous fait fuir la réalité ou est-ce l’inverse, nous utilisons le virtuel pour fuir notre réalité ?

Autrement dit, est-ce que le virtuel est une cause ou une conséquence de notre comportement ?

L’addiction au virtuel est-ce qu’elle est créée par l’usage ou est-ce qu’elle existait déjà et l’individu se jette sur ce qu’on lui propose ?

Je pense que l’addiction est là, la technologie la satisfait.

En effet, l’usage du virtuel est un moyen comme un autre de fuir notre réalité, le quotidien ou l’ennui, tout comme peut l’être aussi le sport, l’usage des stupéfiants, la consommation d’alcool, etc.

La différence c’est que certains usages sont plus valorisés que d’autres.

Selon moi, l’addiction est déjà là et l’usage du virtuel est un moyen de la rendre possible.

Passage à l’acte et jouissance immédiate 

Par ailleurs, dans le virtuel, nous pouvons passer à l’acte, chose impossible dans la réalité. L’usage du virtuel diminue donc la frustration. Donc est-ce que le virtuel n’est-il pas un exutoire de pulsions qui de toute façon sont là et qui sans ce virtuel ne pourraient pas s’exprimer ?

Il n’y pas d’autre option que le virtuel ou la réalité. 

Soit, nous sommes dans la réalité et nous ne pouvons pas satisfaire l’ensemble de nos pulsions, alors nous ressentons de la frustration, soit nous sommes dans le virtuel et nous pouvons satisfaire nos pulsions et dans ce cas tout va bien.

De nos jours, l’individu est en demande, il veut tout et tout de suite, la présence de l’objet est obligatoire, il faut la jouissance immédiate. Nous sommes dans une fixation orale. Le virtuel permet l’accès immédiat à l’objet et à la jouissance.

De plus, le virtuel est seulement la matérialisation de l’inconscient de l’individu. Les jeux vidéo par exemple sont créés par l’inconscient de certains individus.

La thérapie par exposition à la réalité virtuelle

La thérapie par exposition à la réalité virtuelle permet notamment à l’individu de passer à l’acte. Par exemple la thérapie par exposition à la réalité virtuelle permet graduellement à la personne de dépasser ses peurs, de passer à l’acte et de reprendre confiance en elle pour améliorer son bien-être. Une personne qui a peur de rentrer dans un ascenseur, avec la thérapie virtuelle elle peut y parvenir. Si elle y parvient dans le virtuel alors elle pourra y parvenir dans la réalité dans un second temps.

Si la personne parvient à dépasser sa peur dans le virtuel, psychiquement c’est la même chose dans la réalité, elle est dans le passage à l’acte. Le passage à l’acte dans le virtuel équivaut à un passage à l’acte dans la réalité. Ainsi la personne aura pris conscience qu’elle en est capable car elle l’a déjà fait.

Prenons l’exemple d’un dépressif, dont le symptôme principal est l’inaction, il ne parvient plus à passer à l’acte dans la réalité. S’il parvient par la réalité virtuelle à passer à l’acte, cela aura un effet positif sur son bien-être, il pourra prendre confiance.

Il a réussi à le faire, alors que le propre de la dépression c’est de ne plus parvenir à passer à l’acte.

La thérapie virtuelle a un impact psychique et physiologique, ce sont les mêmes émotions qui sont déclenchées dans le virtuel et dans la réalité. Ça déclenche les mêmes effets hormonaux.

Le cerveau ne fait pas la différence entre la réalité et l’imaginaire.

Par exemple, les grands sportifs visualisent leur course avant une compétition, c’est un moyen d’améliorer leur performance le jour J.

C’est le même principe que l’hypnose. En séance avec mes consultants je leur raconte des histoires avec des messages subliminaux positifs pour que leur inconscient capte le positif et qu’ainsi leur situation puisse s’améliorer. Si je me raconte une histoire positive alors il va m’arriver des choses positives. Les pensées positives créent des émotions créatrices, ces mêmes émotions créatrices génèrent des actions positives et ainsi le résultat dans ma vie est positif. Le résultat final vient confirmer les pensées positives de base. C’est comme le principe de la prophétie autoréalisatrice.

L’inconscient est à l’origine du monde virtuel 

Nous baignons actuellement dans une fixation orale, c’est pourquoi le virtuel a pris une telle importance et que l’on passe autant de temps devant les écrans.

Le contenu du virtuel existe dans l’inconscient de l’humain. Ce n’est pas le virtuel qui crée l’inconscient mais c’est l’inconscient qui crée le virtuel.

De plus, le passage à l’acte virtuel ne permet-il pas d’abaisser la pulsion ?

Le passage à l’acte violent dans le virtuel n’a-t-il pas tendance à rabaisser la violence dans la réalité ?

Une fois que cet usage du virtuel est terminé, est-ce que ça pousse à passer à l’acte dans la réalité ou est-ce qu’au contraire à partir du moment où ça atténue la pulsion, le sujet n’a plus besoin de passer à l’acte dans la réalité ?

En effet, quelle que soit la pulsion, tant qu’il y a eu un passage à l’acte qui lui correspond derrière il n’y a plus de pulsion. Donc de cette façon le monde virtuel est un moyen de protéger la réalité et de libérer la personne en lui permettant la satisfaction de sa pulsion.

Que fait-on en thérapie ?

En thérapie, pour soulager un consultant, je l’aide à prendre conscience de qui il est et de ses pulsions. Maintenir ses pulsions inconsciemment, ça n’est pas une solution sur le long terme. Tôt ou tard, ça va exploser, c’est l’effet de la cocotte-minute !

Mieux vaut-il refouler sa pulsion ou la faire rejaillir ?

Reprenons l’exemple de la personne qui a peur de prendre l’ascenseur, si elle ne passe jamais à l’acte alors elle refoule sa pulsion et sa peur. Le fait de se sentir incapable de faire quelque chose, laisse place petit à petit à la culpabilité. « Je ne suis pas capable de, alors je culpabilise et je me sens de plus en plus mal alors je passe de moins en moins à l’action ». C’est un véritable cercle vicieux, c’est le serpent qui se mord la queue. L’inaction nourrit la culpabilité, qui elle-même nourrit l’inaction.

Alors que le passage à l’acte, c’est déjà un pas vers un mieux-être.

Cependant dans un second temps il faudra s’intéresser à l’origine du problème. Pourquoi est-ce que la personne ne parvient pas à prendre l’ascenseur ? La psychanalyse et l’hypnose SAJECE sont des méthodes qui permettent de trouver la cause profonde du problème. La thérapie virtuelle est un outil complémentaire qui permet à la personne de passer à l’acte. Si on ne soigne pas la cause profonde alors le sujet va utiliser un autre mécanisme de défense, il va seulement déplacer le problème. Il va changer d’objet phobique. Il n’aura peut-être plus peur de l’ascenseur mais il va se mettre à avoir peur de la voiture.

Toute production psychique est un mécanisme de défense.

Tout production psychique (phobie, dépression, somatisation, consommation d’alcool, séduction, consommation de stupéfiant, jeux vidéo) est un mécanisme de défense. Lorsqu’une personne projette son angoisse sur un ascenseur, ça devient une phobie, une peur, mais pour la personne c’est un mécanisme de défense. Le fait de trouver une cause à son angoisse, ça lui permet de réduire son mal-être.

Cas clinique, la dépression 

Dans le traitement de la dépression, il y a deux axes de travail :

  1. Découvrir l’origine profonde du problème : Pourquoi on en est arrivé là ?
  2. Remettre la personne en action

Dans la dépression, il y a une phobie, c’est le contact de l’autre qui fait peur, donc la personne ne fait plus rien, elle reste seule dans son lit.

La thérapie analytique va permettre à la personne de trouver le fond du problème, pourquoi est-ce que j’ai besoin de ce mécanisme de défense qu’est la dépression ? L’analyse va remonter de manière décroissante dans le passé de la personne. L’hypnose SAJECE va permettre avec le signaling d’aider la personne à retrouver la cause de son mal-être.

D’un autre côté, la thérapie virtuelle va permettre à la personne d’être en contact avec son objet phobique, c’est-à-dire être en contact avec l’autre. L’avantage de remettre la personne en contact avec son objet phobique, c’est que ça fait une première expérience réussie et narcissiquement c’est important. Remettre le pied à l’étrier c’est important dans ce cas, ça permet de contrecarrer le cercle vicieux : ne pas passer à l’acte, augmentation de la culpabilité, baisse de la confiance en soi et inaction, mal-être, etc.

« Il n’y a pas de réalité, il y a que des réalités psychiques ! Faisons davantage preuve de compréhension et d’amour envers les personnes qui nous entourent, car chacun de nous a sa propre perception des choses, de part son vécu, sa sensibilité. Chacun de nous est unique ! »

Ludivine Le Verne

Auteur : Ludivine Le Verne

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